Publicité

Dimanche 16 mars 2008

Elle :

Mais d'où vient ce bruit ?

Lui :

Que dis-tu ?

Elle :

Je me demande ce que c'est que ce bruit dans la pièce d'à côté.

Lui :
Je n'entends rien

Elle :

Quelque chose qui gratouille, qui gratouille de la ferraille.

Lui :

Je n'entends vraiment rien.

Elle :

Kling klang, kling klang c'est un peu comme cela, cette résonance là.

Lui :

Tu ne pourrais pas dormir un peu pour changer au lieu de scruter le silence comme tu le fais. Personnellement, je voudrais dormir, j'ai sommeil.

Elle :

Pas possible de dormir avec ce bruit. On dirait, on dirait des bestioles. Des insectes, il n'y a que des insectes qui peuvent produire un bruit comme celui que j'entends. Pas des fourmis, on ne les entend pas les fourmis. J'y suis, ce sont des cafards.

Lui :

Des cafards et puis quoi encore...

Elle :

Oui, oui des cafards. Je reconnais ce bruit maintenant. Je me demande combien ils sont. J'ai l'impression qu'ils sont vraiment nombreux, des dizaines, voir des centaines, tu te rends compte.

Lui :

De quoi parles-tu à la fin ?

Elle :

Les cafards, les cafards galopent sur la grille du réfrigérateur. Kling klang, kling klang font leurs pattes frêles et leur grosse carapace en cognant le métal.

Lui :

Tu divagues, il n'y a pas de ces bestioles chez nous. Dors.

Elle :

Je les entends, je n'entends qu'eux. Ils sont très, très près, juste à quelques mètres du lit. Ils sont vraiment trop près pour que je puisse oublier leur présence.

Lui :

Dors, je te dis.

Elle :

 A tout moment, ils peuvent changer leurs habitudes de rester sur la grille du réfrigérateur, ils peuvent avoir envie de connaître d'autres endroits, de découvrir un lieu où ils seraient encore mieux.

Lui :

Mais oui bien sûr.

Elle :

Ils pourraient courir le long des murs et descendre sur la tête du lit peut-être même se glisser au chaud sous la couette. Sans doute, avant, ils déambuleraient longtemps sur le sol, les murs, le plafond. Plafond..., au plafond je ne suis pas certaine qu'ils tiendraient, ils n'ont pas de ventouses je crois. Et s’ils se mettaient à former une cohorte grimpant le long du mur pour chuter en pluie régulière arrivés au plafond et juste au-dessus du lit. Réveillé par une pluie de cafards, je n'aimerai pas, pas du tout.

Lui :

Tu as fini de raconter des histoires pareilles, tu veux te faire peur, tu veux faire des cauchemars toute la nuit.

Elle:

Kling klang, kling klang.


Lui :

Tu es infernale ce soir, on ne peut même pas discuter. Tu ne me réponds pas, tu continues dans ton petit cercle, tu continues ton petit cirque.

Elle :

Petit cercle, petit cirque. Pourquoi petit d'abord, ce que je dis n'est pas petit et ce n'est pas ma faute si ton ouïe est défaillante. Cercle et cirque je veux bien, il y a effectivement quelque chose de circulaire à propos des cafards ou dans mon propos sur les cafards. Je ne sais pas vraiment quoi, mais là tu touches un fond de vérité, je ne peux pas le nier.

Lui :

Mais arrête, arrête. Tu vas finir par me faire peur si c'est un nouveau jeu, j'avoue que je n'aime pas du tout, j'ai l'impression de discourir avec une dingue. Excuse-moi, je plaisante bien sûr, je ne pense pas ce que j'ai dit. Tu sais la journée a été fatigante pour moi et je n'aspire qu'à dormir. Tu sais dormir, tu te rappelles ce que c'est. Les yeux se font lourds, les pensées tournoient, sont de moins en moins claires, précises et puis...

Elle :

Et puis un cafard te tombe dans la bouche au moment ou tu l'entrouvres parce que ta mâchoire vient de se relâcher. Ses petites pattes frétillantes s'agitent dans le vide, il essaie de retourner sa carapace pour se remettre à l'endroit et retrouver sa mobilité. La sensation que tu ressens à ce moment là est horrible, tu craches ce truc hors de toi, tu utilises tout ton souffle à le rejeter au plus loin, par terre, contre le mur, n'importe ou pourvu que tu ne sentes plus cette présence dans ta bouche. Tu as envie de vomir, de te laver la bouche, une fois deux fois, trois fois, tu as l'impression que ça ne suffira jamais à effacer cet écœurement.

Lui :

Je vais en entendre comme cela toute la nuit. Je n'ai pas regardé, c'est une nuit de pleine lune et pour changer du loup-garou, tu me la joues cafard.

Elle :

Les loups garous n'existent pas alors que les cafards ne sont pas une légende, ils sont bel et bien réels. Tu les entends : kling klang, kling klang. Ils n'arrêtent pas une minute, je me demande ce qu'ils font. Ils se regroupent pour préparer une invasion, l'invasion de l'autre pièce, celle où nous sommes. Quand ils le décideront, ils vont se mettre en route et venir.

Lui :

Mais enfin tu ne vas pas cesser avec cette histoire à dormir debout... enfin dormir debout n'est peut-être pas le terme approprié vu que justement je n'arrive pas à trouver le sommeil. Pourquoi veux-tu tout à coup que notre cuisine soit infestée par ces bestioles, je ne comprends pas, je ne comprends pas du tout.


Elle :

Tu ne comprends pas parce qu'il n'y a rien à comprendre, il y a juste à écouter, être très attentif et entendre, entendre que très, très près de nous des bestioles comme tu les appelles sont en train de s'organiser pour venir nous envahir pendant notre sommeil. Ils n'attendent que cela soit en certain, dès que nous aurons fermé les paupières, dès que nous aurons perdu conscience de l'extérieur et des ses dangers, ils le sauront et alors...

Lui :

Stop, stop, je t'interdis de recommencer avec tes descriptions à faire dresser les cheveux sur la tête. Je ne suis pas trouillard mais quand même, il y a des scènes que je préfère ne pas me représenter. Tu ne veux pas être gentille et arrêter la représentation, tu as été excellente, vraiment, sans te flatter, mais bon demain il faut se lever alors on jouera à se faire peur plus tard, un autre jour. Tu es d'accord... tu arrêtes... viens près de moi, je vais te bercer un petit peu... tu es angoissée.

Elle :

Je veux bien venir contre toi, je veux bien que tu me berces mais ils continueront à faire tout autant de bruit, tu sais. Oui, tout autant et je les entendrais tout pareillement. Je ne veux pas t'effrayer, je ne veux pas même t'empêcher de dormir mais que faire. Ils sont là, ils sont là.

Lui :

Tu es sérieuse ou tu plaisantes, je n'arrive pas à savoir. Certains moments j'ai l'impression que tu crois vraiment ce que tu dis. Non, tu m'ennuies à la fin, la plaisanterie commence à être un peu lourde. Rappelle-toi le dicton : les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.

Elle :

Que tu me crois ou pas ne change également strictement rien. Ils sont là.

Lui :

Ils sont là, ils sont là, tu ne sais que répéter ces mots, on dirait un robot dans un mauvais film d'épouvante.

Elle :

Un mauvais film d'épouvante relève de la fiction, là il n'est nullement question de fiction. Nous sommes dans notre appartement qui est bien réel et les cafards sont des petits animaux qui existent, ne t'en déplaise et qui ont élu domicile chez nous. Pour l'instant nous ne les voyons pas et ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre. Au moment ou ils vont faire leur apparition ce sera l'horreur tu peux en être certain. Les murs vont en être remplis, un grouillement  noir, un mouvement insidieux et des déplacements qui seront totalement incompréhensibles pour nous mais calculés au plus juste d'une tactique visant à nous submerger, nous recouvrir, nous engloutir.

Lui :

Je ne comprends pas ce que tu cherches.

Elle :

J'ai l'impression que l'invasion est imminente, j'espère que je me trompe. Je commence à sentir comme un picotement sur mon corps, ils arrivent.

Lui :

Ecoute, je vais donner de la lumière et tu vas voir par toi-même qu'il n'y a rien.

(Il allume.)

Regarde, pas de cafards. Juste toi et moi dans notre lit tout propre, tout net.

Elle :

(Elle a fermé les yeux. Elle tremble.)

Je ne peux pas regarder, je ne veux pas les voir. Ils sont trop nombreux, je ne pourrai jamais m'en sortir. Je ne vais pas pouvoir les écraser tous. Et puis le bruit qu'ils font lorsqu'on les écrase est abominable. Un craquement sinistre comme des os que l'on broie, des dizaines d'os broyés, réduits en bouillie. Un massacre, ce serait un massacre si je devais tous les supprimer. Et puis qu'en faire ensuite, comment s'en débarrasser, on n'a même pas de vide ordure dans cet appartement. Pourtant le vide ordure serait le moyen idéal. J'ai bien acheté des sacs poubelle mais il va falloir les remplir, ramasser les débris à la pelle à ordure. Et pour les tâches que faire, toutes ces tâches brunes partout, partout.

Lui :

Arrête, je t'en prie.

Elle :

Arrêter, arrêter les envahisseurs. Tu as raison. Il faut trouver un moyen de les stopper. Mais comment, j'ai beau retourner cette question dans ma tête, je ne vois pas d'issue. Les insectes sont têtus effroyablement têtus, pas moyen de les faire changer d'avis lorqu'ils ont décidé d'investir un lieu, ils le font. Ah, ils ne se posent pas de question métaphysique, ils ne se demandent pas s’ils dérangent. Ils s'installent un point c'est tout et ils occupent l'espace. Une question m'obsède, je peux te la dire.

Lui :

Vas-y, au point ou on en est.

Elle :

Non, je parle sérieusement, je voudrais une vraie réponse.

Lui :

Enfin, tu vas me dire ce qui te préoccupe vraiment. Tu sais, tu aurais pu commencer tout de suite sur le sujet au lieu de me faire toute cette mise en scène.

Elle :

Voilà, je voudrais savoir pourquoi ils sont venus s'installer chez nous. Pourquoi chez nous?

Lui :

Mais je croyais que tu devais parler sérieusement et tu continues à déraisonner. J'en ai assez, reste avec ton histoire, moi je dors.

Elle :

Tu ne veux pas me répondre ou tu ne sais pas.

Lui :

Je ne veux même pas me poser la question.

Elle :

C'est pourtant la seule question qui mérite d'être posée lorsque cela arrive. Pourquoi dans notre logement et pas dans celui du voisin ?

Lui :

Mais tu devrais aller interroger notre voisin pour voir s’il n'est pas lui aussi envahi. Vu l'heure qu'il est, il serait sans doute très heureux de te répondre.

Elle :

Tu n’aurais pas une toute petite idée pour les arrêter, toi qui trouves toujours des astuces pour tout.

Lui :

Tu me passes de la pommade maintenant, tu n’arriveras pas à me faire participer à ton délire, pas question.

Elle :

S’il te plaît une petite idée

Lui :

Oh, il n’y a rien de plus simple. Pour les arrêter, il suffit de te stopper toi parce que ces cafards n'existent que dans ta tête et uniquement là.

Elle  :

Alors tu me rends responsable de cette invasion. Comme si ce n’était pas assez difficile comme situation, en plus il faut que j’en sois responsable. Tu exagères là. Comme d’habitude tu es blanc comme neige, innocent comme l’agneau qui vient de naître et surtout tu nies l’évidence. Lorsqu’ils te grimperont dans les narines et que tu ne pourras plus respirer, tu seras encore capable de me dire d’arrêter de te chatouiller le nez.

Lui :

Mais qu’est ce qui se passe, je fais un cauchemard. Je dois dormir, je vais me réveiller et puis

Elle :

Et puis rien du tout, tu ne dors pas. Moi, je suis bien éveillée et toi aussi. Je peux te mordre pour te le prouver.

Lui :

Non merci, surtout pas.

Elle  :

Eteins cette lumière, tu vas les attirer.

Lui :

Pas question que j’éteigne tant que tu ne t’arrêtes pas, tant que tu ne m’auras pas dit que toute cette histoire est une invention de ta part et que tu n’y crois pas. En vérité, je commence avoir peur mais pas d’hypothétiques bestioles mais de toi.

Elle  :

Peur de moi, tu aurais peur de moi, je ne vois vraiment pas pourquoi. Si seulement ils pouvaient cesser de faire du bruit, je n’entends qu’eux, c’est à peine si j’arrive à suivre notre conversation. Eteins cette lumière que je puisse ouvrir les yeux, je me sentirai mieux les yeux ouverts.

Lui :

Mais c’est absurde ce que tu racontes. Si j’éteins la lumière même les yeux grands ouverts, tu n’y verras pas plus que les yeux fermés.

Elle  :

Ce que tu peux être terre à terre. Il n’est pas question pour moi de voir mais de gérer des tensions et avoir les yeux ouverts puisque j’ai envie de les ouvrir ce sera une tension de moins.Peut-être même que je les entendrais moins.

Lui  :

De plus en plus absurde.

Elle :

Absurde, est-ce vraiment absurde cette invasion . N’aurions-nous pas pu la prévoir ? Les signes avant-coureurs étaient-ils là et nous n’avons pas su ou pas voulu les voir par peur.




Par Résonance - Publié dans : Ecriture
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

si je fais un cauchemar cette nuit je sais d'ou ça vient lol
Commentaire n°1 posté par helene le 16/03/2008 à 18h28
Merci du compliment Hélène, j'ai donc réussi ma page d'écriture
Commentaire n°2 posté par resonance le 16/03/2008 à 19h54
et bien, quelle tirade ! Je me suis douté de l'indentité du couple dès les premiers bling bling ! lol A moins que je n'ai pas compris ???
Commentaire n°3 posté par baboo le 18/03/2008 à 09h21
salut baboo merci de ton com et gare aux bling bling
Commentaire n°4 posté par resonance le 19/03/2008 à 14h30
là est toute la différence entre "elle" et "lui". L'un parle trop et/ou avec sous-entendus, l'autre n'écoute pas et/ou ne comprend que le direct. Et plus l'un s'emballe, plus l'autre relève l'incompréhension du discours... Ah ! la communication...quand tu ne nous tiens pas ! Evidemment, invasion pas si absurde si l'on considère les cafards comme des problèmes non résolus...
Commentaire n°5 posté par raffaela le 19/03/2008 à 15h03
He Raffa tu as parfaitement compris les tenants et les aboutissants décidément on est faite pour s'entendre.
Commentaire n°6 posté par resonance le 19/03/2008 à 15h51
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus