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Vendredi 15 février 2008
Quand j’y pense les événements se sont enchaînés à une vitesse incroyable. Comme tous les jours de la semaine, je me rendais au bureau. Et comme tous les jours de la semaine, ce jour n’était pas différent des autres. Je m’étais levée de mauvaise grâce après une nuit trop courte et assez mauvaise. J’attendais dans le froid sur le quai de la gare ce maudit train, en retard comme d’habitude. Soudain un inconnu s’approcha. Il me sourit et dans un souffle me dit : « Je vous confie ce paquet, amenez-le au commissariat, c’est de la plus grande importance pour moi, question de vie ou de mort. » Je n’eus pas le temps de faire ouf que je me retrouvais ce paquet de je ne sais quoi dans les bras. L’homme avait déjà pris la fuite. Deux minutes plus tard cinq types passaient en courant derrière moi. Manifestement ils cherchaient quelqu’un. Je fus prise alors d’un mouvement de panique incoercible. Et au lieu de laisser ce maudit paquet par terre, je le serrais contre moi et m’enfuis. Avant de commencer à courir, j’aurais dû attendre de me trouver hors du champ de vision du dernier type. Celui-ci fut immédiatement attiré par ma course. Il vit sans doute l’embarrassant colis sous mon bras. Il rameuta le restant de la troupe et c’est comme cela que je me retrouvais, traquée par ces individus. Mon énergie décupla lorsque je vis jaillir une arme de la poche d’un imperméable. Mauvais temps, très mauvais temps pour moi. Je partis au hasard tout droit ? Je pris la rue la plus fréquentée. Heureusement j’avais un peu d’avance, mais pour combien de temps. A la hâte, j’entrais dans un bar avec l’espoir de m’y cacher. Il y faisait sombre et je trouvais cela très à propos. Je me ruais au comptoir pour demander où se trouvait le téléphone. Le garçon me dit d’une voix très placide qu’il était en panne et que le patron n’était pas pressé de le faire réparer. Je hurlais : « Mais ce n’est pas possible ». Ce à quoi il me répondit : « Ma petite dame si vous êtes si pressée de téléphoner, achetez-vous un portable. Ou bien allez au coin de la rue, il y a une cabine publique. » Plantée devant le comptoir j’étais pétrifiée. Mon esprit était bloqué incapable de prendre la moindre décision. Compatissant le serveur me demanda : « Vous ne vous sentez pas bien ? Vous voulez que je vous serve un quelque chose de fort juste histoire de vous remonter. Y a pas idée de se mettre dans un état pareil pour une histoire de téléphone. » Je ne répondis que : « whisky » et comme un automate je me dirigeais vers le fonds de la pièce et me laissais tomber sur une chaise. Le breuvage ne tarda pas à me faire l’effet d’un électrochoc. Les pensées se bousculèrent alors dans ma tête : la gare, le quai, l’inconnu, le paquet, les types. Je constatais la présence réelle du paquet que j’avais posé sur la chaise à côté de moi. Sans lui, tout m’aurait paru invention et délire. Mais il était là, à portée de main. Que pouvait-il y avoir là-dedans ? Son contenu m’intriguait et en même temps je ne pouvais me résoudre à l’ouvrir. J’avais peur, très peur de découvrir une horreur, très peur également d’en savoir plus et d’être embarquée dans une histoire terriblement dangereuse. Une idée me vint. J’allais confier cette chose au barman, chercher le commissariat le plus proche et tout leur raconter. Sortir sans cet encombrant cadeau me semblait le plus indiqué et le moins effrayant. A mon grand désespoir, le garçon me refusa ce service. Son air aimable devint même soupçonneux. Il argua que pour des raisons bien évidentes de sécurité, il ne pouvait prendre en charge un colis dont il ignorait le contenu d’autant plus qu’il ne me connaissait pas. Je n’insistais pas craignant d’embarrassantes questions. Surtout je ne voulais pas qu’il me somme de quitter les lieux. Je retournais m’asseoir devant mon verre vide, la mort dans l’âme. Par ma demande, je m’étais enlevée aussi cette possibilité : quitter le bar en laissant l’objet sous la table. Je sentais que malgré la clientèle qui allait et venait, le barman me surveillait du coin de l’œil. Tout à coup je fus prise d’une bouffée délirante. Lui aussi il était avec eux. Il y avait un téléphone sous le comptoir, j’en étais sûre. Ma respiration devint difficile, je suffoquais d’angoisse. Il était avec eux et ils allaient arriver d’une minute à l’autre, me descendre et reprendre leur bien. Le scénario défilait sous mes yeux fiévreux. J’étais foutue, il n’y avait pas d’issue. Lorsque j’entendis presque à mon oreille : « Je vous sers autre chose ? » Je faillis m’évanouir. Je me repris très vite et recommandais la même chose. Depuis combien de temps étais-je ici ? Je ne savais plus. Devant moi un verre vide. Combien en avais-je bu ? Je regardais ma montre. Je fis en effort démesuré pour me rappeler l’heure habituelle de mon train et calculer par différence le temps passé. Plus de deux heures que je macérais sur cette chaise incapable de prendre une initiative. Soudain un client vint s’asseoir en face de moi : « Vous permettez ? » Il n’attendit pas la réponse et s’installa. Je regardais fixement la table pour ne pas croiser son regard. Très banalement il me demanda : « Je peux vous offrir un verre. » Je déclinais son offre, j’avais déjà beaucoup bu à mon avis. Entre l’alcool et la peur je sentais ma raison vaciller. En lui répondant je découvris son visage. Son regard chaleureux me surprit. C’était une lumière au milieu de ce cauchemar. Prenant mon courage enfin ce qu’il en restait à deux mains, je décidais de lui parler. « Vous savez, j’ai bu un peu trop alors je préfère m’arrêter là. Par contre je veux bien discuter. Enfin…» Il me coupa la parole. « Vous venez souvent ici ? » « C’est la première fois. » « Je me disais bien que je ne vous avais jamais vu. Je vous aurais remarquée sinon. Des soucis particuliers en ce moment ? » « Des soucis très particuliers en effet aujourd’hui. » « Vous voulez me raconter. » « Eh bien. Vous allez me prendre pour une folle mais tant pis. Je suis poursuivie par des gens armés à cause de cette chose sur la chaise. Un inconnu me l’a remise sur le quai de la gare. Je ne sais plus quoi faire. Je suis terrorisée. » « Ah ! » fit-il « Vous ne me croyez pas ! » « Si. Enfin… Vous savez ce qu’il y a dedans ? » « Non. Je n’ai pas osé ouvrir. » « La première chose à faire est peut-être d’ouvrir. » « Mais s’il est piégé ou s’il y a une horreur dedans. Je ne veux pas prendre de risques. » « Est-ce qu’il fait du bruit, tic tac ? » « Je ne sais pas. Vous voulez bien l’ausculter. Moi c’est au-dessus de mes forces. » Il hocha la tête en signe d’assentiment. Je lui passais l’objet de mon cauchemar. « Je n’entends rien de particulier. Je ne crois pas que ce soit une bombe. » « Vous avez peut-être raison. Les paroles de l’inconnu de la gare ne collent pas avec cette éventualité en y réfléchissant. » « Alors qu’est-ce que ça peut être ? De l’argent, de la drogue, des documents compromettants. » « Je pencherais plutôt pour la dernière option sinon on ne m’aurait pas demandé de le remettre aux forces de l’ordre. Vous ne pensez pas ? » « A vous entendre, on dirait que la raison revient.» « C’est à dire que depuis que je parle avec vous, je suis un peu moins paniquée. Tout cela est arrivé si vite, j’ai perdu les pédales. » « Je suis très heureux de vous apporter un peu de réconfort. Vous avez repris un peu de couleurs. Mais si on n’en finissait avec ce paquet. On pourrait l’ouvrir. Vous êtes d’accord ? ». Je poussais un gros soupir et je finis par dire oui. Minutieusement il détacha la ficelle qui entourait le papier d’emballage. Il déroula le kraft. Il y avait dix douze épaisseurs, je ne sais plus. Tout était plein de ruban adhésif à n’en plus finir. Une boite de métal fut mise à nu. Il l’a posa bien en évidence sur la table et demanda : « On continue ? » Des perles de sueurs suintaient sur mon front. Je balbutiais un oui à peine audible. Il posa la main sur le couvercle. Son visage se tendit. La charnière était de mon côté et je ne vis pas tout de suite son contenu. Lui se mit à sourire et partit d’un rire incroyable. Entre deux éclats il me demanda : « Vous savez quel jour nous sommes. » Je le regardais l’air ahuri. Je ne me souvenais pas de la date. Il tourna la boite vers moi et dit           « Poisson d’avril. »

Par Résonance - Publié dans : Ecriture
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Commentaires

ton histoire m'a tenu en haleine jusqu'a la fin.. super bien ecrit moi qui n'aime pas trop la lecture j'adore merci pour m'avoir fait partager cette histoire
Commentaire n°1 posté par helene le 16/02/2008 à 10h41
heureuse que cette petite nouvelle t'ait plu
Commentaire n°2 posté par resonance le 16/02/2008 à 12h39
Ah...l'angoisse d'être poursuivi pour se rendre compte qu'en définitive "rien ne sert de courir...mieux vaut partir vers son whisky...cette valeur sure !" En plus, ne dit on pas "en avril, ne te découvre pas d'un fil" De surcroit, quand c'est le 1e, ne pas se découvrir du tout en restant à la maison (ce seul endroit d'espérance) et en attendant que cette foutue journée soit passée au lieu de se fiche la trouille ! Dis donc, cette histoire de portable, c'est bien parce que t'en as jamais voulu, hein ? Ne s'accrocher à rien serait la sagesse...mais alors pourquoi ce paquet si collant...? Ah, j'oubliais, bravo pour cette narration explicite !
Commentaire n°3 posté par raffaela le 18/02/2008 à 16h38
Tiens Raffaela. Et oui on trouve quelques unes de mes valeurs sûres : le whisky réconfortant et mon non au portable. Si on pouvait fuir tous les paquets que les uns ou les autres essayent de refourguer en douce... Des fois on se fait avoir.
Commentaire n°4 posté par resonance le 18/02/2008 à 20h21
Ah les mots !
Commentaire n°5 posté par Pascal le 21/02/2008 à 22h00
et oui les mots c'est trop
Réponse de Résonance le 23/02/2008 à 17h17
Bonjour Merci pour cette histoire, ce voyage... J'ai été tenu en haleine par son suspens. Bravo, jusqu'à la dernière phrase, je me suis demandée si tu nous emmenais dans le fantastique ou la réalité et je n'ai pas été déçue ! A bientôt pour de nouvelles nouvelles Frédé
Commentaire n°6 posté par Frédé le 24/02/2008 à 16h11
 
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