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Dimanche 27 janvier 2008


Tout avait débuté par une  sensation de danger. Derrière mon dos, c’était certain, un danger imminent allait me fondre dessus. Ce ressenti avait duré quelques secondes ou quelques minutes, impossible à savoir, juste le temps nécessaire pour que s’installent l’angoisse et la peur. J’étais clouée au sol, immobile, sur le ventre et la chose dont je ne percevais qu’une sorte d’onde qui m’effrayait, se rapprochait inéluctablement. J’étais en sueur, mon cœur battait la chamade. De tous mes sens, j’essayais de percevoir, d’appréhender ce qui arrivait mais en vain. Ouïe et odorat à l’affût, je me sentais une sentinelle, une sentinelle de pierre incapable du moindre mouvement.

Mon nez fut le premier à m’informer. Une odeur terrible d’huile m’envahit les narines et sa présence était tellement forte que je la visualisais. J’étais comme entourée d’une huile brune un peu jaune, lourde et poisseuse. On aurait dit que cela suintait tout autour de moi. Après l’odeur ce fut le bruit. Je perçus le bruit d’un énorme camion, d’un engin de chantier monté sur chenilles qui avançait dans ma direction de toute la vitesse dont il était capable. Le moteur tournait au maximum de son rendement dans ces tonalités de son qui exacerbe le cerveau. Je commençais à suffoquer tant l’angoisse devenait forte. Le monstre de métal comme au ralenti était maintenant au-dessus de mon corps inerte et avançait très, très lentement. Je pensais s’il dévie un tant soit peu de sa trajectoire actuelle, je suis foutue, écrabouillée, bouillie. De chaque côté, les chenillettes imprimaient leur marque dans le sol. J’inspirais doucement, le plus doucement possible comme pour ne pas signaler ma présence, pour juguler aussi les palpitations effrénées au creux de ma poitrine. L’odeur d’huile me donnait la nausée. Des images de puits de pétrole me venaient en flash. La bouche sèche, j’essayais de trouver un peu de salive pour ne pas étouffer.

Brusquement, sans aucune transition, le monstre de métal se transforma en un énorme coléoptère vert mordoré. Sa cuirasse épaisse et brillante luisait bizarrement. Ses pattes faisaient trembler le sol. Je ne voyais que le ventre de ce mastodonte lorsqu’enfin il dépassa ma tête. Il irisait cette couleur mordorée et avançait triomphalement m’ignorant comme quantité négligeable et insignifiante. A force d’inertie et de dissimulation je semblais m’être confondue avec la terre. Mon sentiment de terreur s’éteignait doucement, cet insecte gigantesque passait son chemin. Je le regardais s’en aller dans un état d’incompréhension totale subjuguée par ses couleurs et l’impression d’étrangeté, d’un autre monde, d’une autre dimension.

Mes muscles redevenant opérationnels, je me remis sur le dos, j’ouvrais les yeux et me rendormis presque aussitôt.


J’espère que cette promenade nocturne vous a plu. Ce que j’aimerai avoir capturé par les mots c’est le côté sensitif qui rend le rêve réel jusqu’à l’arrivée de l’insecte.

Par Résonance - Publié dans : Ecriture
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