Mercredi 19 mars 2008
Pour celle qui me reproche de ne pas  assez parler d'amour, quelques citations choisies :

L'amour est aveugle, il faut donc toucher. (d'ou mon goût immodéré pour le contact)

Mieux vaut vivre enchaîné près de celle que l'on aime, que libre au milieu des jardins près de celui que l'on hait. (sans commentaire, c'est indéniable)

L'amour sans jalousie est comme un Polonais sans moustache. (bon alors la moustache on peut la tailler un peu non)

La bouderie en amour est comme le sel, il n'en faut pas trop. (d'ailleurs c'est comme en cuisine il faut savoir doser)

Là où on s'aime, il ne fait jamais nuit. (donc aucune raison de dormir sans fermer les volets)



Par Résonance - Publié dans : Citations
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Dimanche 16 mars 2008

Elle :

Mais d'où vient ce bruit ?

Lui :

Que dis-tu ?

Elle :

Je me demande ce que c'est que ce bruit dans la pièce d'à côté.

Lui :
Je n'entends rien

Elle :

Quelque chose qui gratouille, qui gratouille de la ferraille.

Lui :

Je n'entends vraiment rien.

Elle :

Kling klang, kling klang c'est un peu comme cela, cette résonance là.

Lui :

Tu ne pourrais pas dormir un peu pour changer au lieu de scruter le silence comme tu le fais. Personnellement, je voudrais dormir, j'ai sommeil.

Elle :

Pas possible de dormir avec ce bruit. On dirait, on dirait des bestioles. Des insectes, il n'y a que des insectes qui peuvent produire un bruit comme celui que j'entends. Pas des fourmis, on ne les entend pas les fourmis. J'y suis, ce sont des cafards.

Lui :

Des cafards et puis quoi encore...

Elle :

Oui, oui des cafards. Je reconnais ce bruit maintenant. Je me demande combien ils sont. J'ai l'impression qu'ils sont vraiment nombreux, des dizaines, voir des centaines, tu te rends compte.

Lui :

De quoi parles-tu à la fin ?

Elle :

Les cafards, les cafards galopent sur la grille du réfrigérateur. Kling klang, kling klang font leurs pattes frêles et leur grosse carapace en cognant le métal.

Lui :

Tu divagues, il n'y a pas de ces bestioles chez nous. Dors.

Elle :

Je les entends, je n'entends qu'eux. Ils sont très, très près, juste à quelques mètres du lit. Ils sont vraiment trop près pour que je puisse oublier leur présence.

Lui :

Dors, je te dis.

Elle :

 A tout moment, ils peuvent changer leurs habitudes de rester sur la grille du réfrigérateur, ils peuvent avoir envie de connaître d'autres endroits, de découvrir un lieu où ils seraient encore mieux.

Lui :

Mais oui bien sûr.

Elle :

Ils pourraient courir le long des murs et descendre sur la tête du lit peut-être même se glisser au chaud sous la couette. Sans doute, avant, ils déambuleraient longtemps sur le sol, les murs, le plafond. Plafond..., au plafond je ne suis pas certaine qu'ils tiendraient, ils n'ont pas de ventouses je crois. Et s’ils se mettaient à former une cohorte grimpant le long du mur pour chuter en pluie régulière arrivés au plafond et juste au-dessus du lit. Réveillé par une pluie de cafards, je n'aimerai pas, pas du tout.

Lui :

Tu as fini de raconter des histoires pareilles, tu veux te faire peur, tu veux faire des cauchemars toute la nuit.

Elle:

Kling klang, kling klang.


Lui :

Tu es infernale ce soir, on ne peut même pas discuter. Tu ne me réponds pas, tu continues dans ton petit cercle, tu continues ton petit cirque.

Elle :

Petit cercle, petit cirque. Pourquoi petit d'abord, ce que je dis n'est pas petit et ce n'est pas ma faute si ton ouïe est défaillante. Cercle et cirque je veux bien, il y a effectivement quelque chose de circulaire à propos des cafards ou dans mon propos sur les cafards. Je ne sais pas vraiment quoi, mais là tu touches un fond de vérité, je ne peux pas le nier.

Lui :

Mais arrête, arrête. Tu vas finir par me faire peur si c'est un nouveau jeu, j'avoue que je n'aime pas du tout, j'ai l'impression de discourir avec une dingue. Excuse-moi, je plaisante bien sûr, je ne pense pas ce que j'ai dit. Tu sais la journée a été fatigante pour moi et je n'aspire qu'à dormir. Tu sais dormir, tu te rappelles ce que c'est. Les yeux se font lourds, les pensées tournoient, sont de moins en moins claires, précises et puis...

Elle :

Et puis un cafard te tombe dans la bouche au moment ou tu l'entrouvres parce que ta mâchoire vient de se relâcher. Ses petites pattes frétillantes s'agitent dans le vide, il essaie de retourner sa carapace pour se remettre à l'endroit et retrouver sa mobilité. La sensation que tu ressens à ce moment là est horrible, tu craches ce truc hors de toi, tu utilises tout ton souffle à le rejeter au plus loin, par terre, contre le mur, n'importe ou pourvu que tu ne sentes plus cette présence dans ta bouche. Tu as envie de vomir, de te laver la bouche, une fois deux fois, trois fois, tu as l'impression que ça ne suffira jamais à effacer cet écœurement.

Lui :

Je vais en entendre comme cela toute la nuit. Je n'ai pas regardé, c'est une nuit de pleine lune et pour changer du loup-garou, tu me la joues cafard.

Elle :

Les loups garous n'existent pas alors que les cafards ne sont pas une légende, ils sont bel et bien réels. Tu les entends : kling klang, kling klang. Ils n'arrêtent pas une minute, je me demande ce qu'ils font. Ils se regroupent pour préparer une invasion, l'invasion de l'autre pièce, celle où nous sommes. Quand ils le décideront, ils vont se mettre en route et venir.

Lui :

Mais enfin tu ne vas pas cesser avec cette histoire à dormir debout... enfin dormir debout n'est peut-être pas le terme approprié vu que justement je n'arrive pas à trouver le sommeil. Pourquoi veux-tu tout à coup que notre cuisine soit infestée par ces bestioles, je ne comprends pas, je ne comprends pas du tout.


Elle :

Tu ne comprends pas parce qu'il n'y a rien à comprendre, il y a juste à écouter, être très attentif et entendre, entendre que très, très près de nous des bestioles comme tu les appelles sont en train de s'organiser pour venir nous envahir pendant notre sommeil. Ils n'attendent que cela soit en certain, dès que nous aurons fermé les paupières, dès que nous aurons perdu conscience de l'extérieur et des ses dangers, ils le sauront et alors...

Lui :

Stop, stop, je t'interdis de recommencer avec tes descriptions à faire dresser les cheveux sur la tête. Je ne suis pas trouillard mais quand même, il y a des scènes que je préfère ne pas me représenter. Tu ne veux pas être gentille et arrêter la représentation, tu as été excellente, vraiment, sans te flatter, mais bon demain il faut se lever alors on jouera à se faire peur plus tard, un autre jour. Tu es d'accord... tu arrêtes... viens près de moi, je vais te bercer un petit peu... tu es angoissée.

Elle :

Je veux bien venir contre toi, je veux bien que tu me berces mais ils continueront à faire tout autant de bruit, tu sais. Oui, tout autant et je les entendrais tout pareillement. Je ne veux pas t'effrayer, je ne veux pas même t'empêcher de dormir mais que faire. Ils sont là, ils sont là.

Lui :

Tu es sérieuse ou tu plaisantes, je n'arrive pas à savoir. Certains moments j'ai l'impression que tu crois vraiment ce que tu dis. Non, tu m'ennuies à la fin, la plaisanterie commence à être un peu lourde. Rappelle-toi le dicton : les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.

Elle :

Que tu me crois ou pas ne change également strictement rien. Ils sont là.

Lui :

Ils sont là, ils sont là, tu ne sais que répéter ces mots, on dirait un robot dans un mauvais film d'épouvante.

Elle :

Un mauvais film d'épouvante relève de la fiction, là il n'est nullement question de fiction. Nous sommes dans notre appartement qui est bien réel et les cafards sont des petits animaux qui existent, ne t'en déplaise et qui ont élu domicile chez nous. Pour l'instant nous ne les voyons pas et ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre. Au moment ou ils vont faire leur apparition ce sera l'horreur tu peux en être certain. Les murs vont en être remplis, un grouillement  noir, un mouvement insidieux et des déplacements qui seront totalement incompréhensibles pour nous mais calculés au plus juste d'une tactique visant à nous submerger, nous recouvrir, nous engloutir.

Lui :

Je ne comprends pas ce que tu cherches.

Elle :

J'ai l'impression que l'invasion est imminente, j'espère que je me trompe. Je commence à sentir comme un picotement sur mon corps, ils arrivent.

Lui :

Ecoute, je vais donner de la lumière et tu vas voir par toi-même qu'il n'y a rien.

(Il allume.)

Regarde, pas de cafards. Juste toi et moi dans notre lit tout propre, tout net.

Elle :

(Elle a fermé les yeux. Elle tremble.)

Je ne peux pas regarder, je ne veux pas les voir. Ils sont trop nombreux, je ne pourrai jamais m'en sortir. Je ne vais pas pouvoir les écraser tous. Et puis le bruit qu'ils font lorsqu'on les écrase est abominable. Un craquement sinistre comme des os que l'on broie, des dizaines d'os broyés, réduits en bouillie. Un massacre, ce serait un massacre si je devais tous les supprimer. Et puis qu'en faire ensuite, comment s'en débarrasser, on n'a même pas de vide ordure dans cet appartement. Pourtant le vide ordure serait le moyen idéal. J'ai bien acheté des sacs poubelle mais il va falloir les remplir, ramasser les débris à la pelle à ordure. Et pour les tâches que faire, toutes ces tâches brunes partout, partout.

Lui :

Arrête, je t'en prie.

Elle :

Arrêter, arrêter les envahisseurs. Tu as raison. Il faut trouver un moyen de les stopper. Mais comment, j'ai beau retourner cette question dans ma tête, je ne vois pas d'issue. Les insectes sont têtus effroyablement têtus, pas moyen de les faire changer d'avis lorqu'ils ont décidé d'investir un lieu, ils le font. Ah, ils ne se posent pas de question métaphysique, ils ne se demandent pas s’ils dérangent. Ils s'installent un point c'est tout et ils occupent l'espace. Une question m'obsède, je peux te la dire.

Lui :

Vas-y, au point ou on en est.

Elle :

Non, je parle sérieusement, je voudrais une vraie réponse.

Lui :

Enfin, tu vas me dire ce qui te préoccupe vraiment. Tu sais, tu aurais pu commencer tout de suite sur le sujet au lieu de me faire toute cette mise en scène.

Elle :

Voilà, je voudrais savoir pourquoi ils sont venus s'installer chez nous. Pourquoi chez nous?

Lui :

Mais je croyais que tu devais parler sérieusement et tu continues à déraisonner. J'en ai assez, reste avec ton histoire, moi je dors.

Elle :

Tu ne veux pas me répondre ou tu ne sais pas.

Lui :

Je ne veux même pas me poser la question.

Elle :

C'est pourtant la seule question qui mérite d'être posée lorsque cela arrive. Pourquoi dans notre logement et pas dans celui du voisin ?

Lui :

Mais tu devrais aller interroger notre voisin pour voir s’il n'est pas lui aussi envahi. Vu l'heure qu'il est, il serait sans doute très heureux de te répondre.

Elle :

Tu n’aurais pas une toute petite idée pour les arrêter, toi qui trouves toujours des astuces pour tout.

Lui :

Tu me passes de la pommade maintenant, tu n’arriveras pas à me faire participer à ton délire, pas question.

Elle :

S’il te plaît une petite idée

Lui :

Oh, il n’y a rien de plus simple. Pour les arrêter, il suffit de te stopper toi parce que ces cafards n'existent que dans ta tête et uniquement là.

Elle  :

Alors tu me rends responsable de cette invasion. Comme si ce n’était pas assez difficile comme situation, en plus il faut que j’en sois responsable. Tu exagères là. Comme d’habitude tu es blanc comme neige, innocent comme l’agneau qui vient de naître et surtout tu nies l’évidence. Lorsqu’ils te grimperont dans les narines et que tu ne pourras plus respirer, tu seras encore capable de me dire d’arrêter de te chatouiller le nez.

Lui :

Mais qu’est ce qui se passe, je fais un cauchemard. Je dois dormir, je vais me réveiller et puis

Elle :

Et puis rien du tout, tu ne dors pas. Moi, je suis bien éveillée et toi aussi. Je peux te mordre pour te le prouver.

Lui :

Non merci, surtout pas.

Elle  :

Eteins cette lumière, tu vas les attirer.

Lui :

Pas question que j’éteigne tant que tu ne t’arrêtes pas, tant que tu ne m’auras pas dit que toute cette histoire est une invention de ta part et que tu n’y crois pas. En vérité, je commence avoir peur mais pas d’hypothétiques bestioles mais de toi.

Elle  :

Peur de moi, tu aurais peur de moi, je ne vois vraiment pas pourquoi. Si seulement ils pouvaient cesser de faire du bruit, je n’entends qu’eux, c’est à peine si j’arrive à suivre notre conversation. Eteins cette lumière que je puisse ouvrir les yeux, je me sentirai mieux les yeux ouverts.

Lui :

Mais c’est absurde ce que tu racontes. Si j’éteins la lumière même les yeux grands ouverts, tu n’y verras pas plus que les yeux fermés.

Elle  :

Ce que tu peux être terre à terre. Il n’est pas question pour moi de voir mais de gérer des tensions et avoir les yeux ouverts puisque j’ai envie de les ouvrir ce sera une tension de moins.Peut-être même que je les entendrais moins.

Lui  :

De plus en plus absurde.

Elle :

Absurde, est-ce vraiment absurde cette invasion . N’aurions-nous pas pu la prévoir ? Les signes avant-coureurs étaient-ils là et nous n’avons pas su ou pas voulu les voir par peur.




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Mercredi 12 mars 2008
Comme j'aime les proverbes chinois en voici deux pour commencer.

Si vous êtes patient un jour de colère, vous échapperez à cent jours de chagrin.
Ce qui rejoint notre célèbre maxime : La colère est mauvaise conseillère, en plus fort toutefois.


Rien ne manque aux funérailles des riches, que des gens qui les regrettent.
Et là , je dis simplement bien fait pour eux, niak, niak. c'est mon côté revanchard qui s'exprime.
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Vendredi 15 février 2008
Quand j’y pense les événements se sont enchaînés à une vitesse incroyable. Comme tous les jours de la semaine, je me rendais au bureau. Et comme tous les jours de la semaine, ce jour n’était pas différent des autres. Je m’étais levée de mauvaise grâce après une nuit trop courte et assez mauvaise. J’attendais dans le froid sur le quai de la gare ce maudit train, en retard comme d’habitude. Soudain un inconnu s’approcha. Il me sourit et dans un souffle me dit : « Je vous confie ce paquet, amenez-le au commissariat, c’est de la plus grande importance pour moi, question de vie ou de mort. » Je n’eus pas le temps de faire ouf que je me retrouvais ce paquet de je ne sais quoi dans les bras. L’homme avait déjà pris la fuite. Deux minutes plus tard cinq types passaient en courant derrière moi. Manifestement ils cherchaient quelqu’un. Je fus prise alors d’un mouvement de panique incoercible. Et au lieu de laisser ce maudit paquet par terre, je le serrais contre moi et m’enfuis. Avant de commencer à courir, j’aurais dû attendre de me trouver hors du champ de vision du dernier type. Celui-ci fut immédiatement attiré par ma course. Il vit sans doute l’embarrassant colis sous mon bras. Il rameuta le restant de la troupe et c’est comme cela que je me retrouvais, traquée par ces individus. Mon énergie décupla lorsque je vis jaillir une arme de la poche d’un imperméable. Mauvais temps, très mauvais temps pour moi. Je partis au hasard tout droit ? Je pris la rue la plus fréquentée. Heureusement j’avais un peu d’avance, mais pour combien de temps. A la hâte, j’entrais dans un bar avec l’espoir de m’y cacher. Il y faisait sombre et je trouvais cela très à propos. Je me ruais au comptoir pour demander où se trouvait le téléphone. Le garçon me dit d’une voix très placide qu’il était en panne et que le patron n’était pas pressé de le faire réparer. Je hurlais : « Mais ce n’est pas possible ». Ce à quoi il me répondit : « Ma petite dame si vous êtes si pressée de téléphoner, achetez-vous un portable. Ou bien allez au coin de la rue, il y a une cabine publique. » Plantée devant le comptoir j’étais pétrifiée. Mon esprit était bloqué incapable de prendre la moindre décision. Compatissant le serveur me demanda : « Vous ne vous sentez pas bien ? Vous voulez que je vous serve un quelque chose de fort juste histoire de vous remonter. Y a pas idée de se mettre dans un état pareil pour une histoire de téléphone. » Je ne répondis que : « whisky » et comme un automate je me dirigeais vers le fonds de la pièce et me laissais tomber sur une chaise. Le breuvage ne tarda pas à me faire l’effet d’un électrochoc. Les pensées se bousculèrent alors dans ma tête : la gare, le quai, l’inconnu, le paquet, les types. Je constatais la présence réelle du paquet que j’avais posé sur la chaise à côté de moi. Sans lui, tout m’aurait paru invention et délire. Mais il était là, à portée de main. Que pouvait-il y avoir là-dedans ? Son contenu m’intriguait et en même temps je ne pouvais me résoudre à l’ouvrir. J’avais peur, très peur de découvrir une horreur, très peur également d’en savoir plus et d’être embarquée dans une histoire terriblement dangereuse. Une idée me vint. J’allais confier cette chose au barman, chercher le commissariat le plus proche et tout leur raconter. Sortir sans cet encombrant cadeau me semblait le plus indiqué et le moins effrayant. A mon grand désespoir, le garçon me refusa ce service. Son air aimable devint même soupçonneux. Il argua que pour des raisons bien évidentes de sécurité, il ne pouvait prendre en charge un colis dont il ignorait le contenu d’autant plus qu’il ne me connaissait pas. Je n’insistais pas craignant d’embarrassantes questions. Surtout je ne voulais pas qu’il me somme de quitter les lieux. Je retournais m’asseoir devant mon verre vide, la mort dans l’âme. Par ma demande, je m’étais enlevée aussi cette possibilité : quitter le bar en laissant l’objet sous la table. Je sentais que malgré la clientèle qui allait et venait, le barman me surveillait du coin de l’œil. Tout à coup je fus prise d’une bouffée délirante. Lui aussi il était avec eux. Il y avait un téléphone sous le comptoir, j’en étais sûre. Ma respiration devint difficile, je suffoquais d’angoisse. Il était avec eux et ils allaient arriver d’une minute à l’autre, me descendre et reprendre leur bien. Le scénario défilait sous mes yeux fiévreux. J’étais foutue, il n’y avait pas d’issue. Lorsque j’entendis presque à mon oreille : « Je vous sers autre chose ? » Je faillis m’évanouir. Je me repris très vite et recommandais la même chose. Depuis combien de temps étais-je ici ? Je ne savais plus. Devant moi un verre vide. Combien en avais-je bu ? Je regardais ma montre. Je fis en effort démesuré pour me rappeler l’heure habituelle de mon train et calculer par différence le temps passé. Plus de deux heures que je macérais sur cette chaise incapable de prendre une initiative. Soudain un client vint s’asseoir en face de moi : « Vous permettez ? » Il n’attendit pas la réponse et s’installa. Je regardais fixement la table pour ne pas croiser son regard. Très banalement il me demanda : « Je peux vous offrir un verre. » Je déclinais son offre, j’avais déjà beaucoup bu à mon avis. Entre l’alcool et la peur je sentais ma raison vaciller. En lui répondant je découvris son visage. Son regard chaleureux me surprit. C’était une lumière au milieu de ce cauchemar. Prenant mon courage enfin ce qu’il en restait à deux mains, je décidais de lui parler. « Vous savez, j’ai bu un peu trop alors je préfère m’arrêter là. Par contre je veux bien discuter. Enfin…» Il me coupa la parole. « Vous venez souvent ici ? » « C’est la première fois. » « Je me disais bien que je ne vous avais jamais vu. Je vous aurais remarquée sinon. Des soucis particuliers en ce moment ? » « Des soucis très particuliers en effet aujourd’hui. » « Vous voulez me raconter. » « Eh bien. Vous allez me prendre pour une folle mais tant pis. Je suis poursuivie par des gens armés à cause de cette chose sur la chaise. Un inconnu me l’a remise sur le quai de la gare. Je ne sais plus quoi faire. Je suis terrorisée. » « Ah ! » fit-il « Vous ne me croyez pas ! » « Si. Enfin… Vous savez ce qu’il y a dedans ? » « Non. Je n’ai pas osé ouvrir. » « La première chose à faire est peut-être d’ouvrir. » « Mais s’il est piégé ou s’il y a une horreur dedans. Je ne veux pas prendre de risques. » « Est-ce qu’il fait du bruit, tic tac ? » « Je ne sais pas. Vous voulez bien l’ausculter. Moi c’est au-dessus de mes forces. » Il hocha la tête en signe d’assentiment. Je lui passais l’objet de mon cauchemar. « Je n’entends rien de particulier. Je ne crois pas que ce soit une bombe. » « Vous avez peut-être raison. Les paroles de l’inconnu de la gare ne collent pas avec cette éventualité en y réfléchissant. » « Alors qu’est-ce que ça peut être ? De l’argent, de la drogue, des documents compromettants. » « Je pencherais plutôt pour la dernière option sinon on ne m’aurait pas demandé de le remettre aux forces de l’ordre. Vous ne pensez pas ? » « A vous entendre, on dirait que la raison revient.» « C’est à dire que depuis que je parle avec vous, je suis un peu moins paniquée. Tout cela est arrivé si vite, j’ai perdu les pédales. » « Je suis très heureux de vous apporter un peu de réconfort. Vous avez repris un peu de couleurs. Mais si on n’en finissait avec ce paquet. On pourrait l’ouvrir. Vous êtes d’accord ? ». Je poussais un gros soupir et je finis par dire oui. Minutieusement il détacha la ficelle qui entourait le papier d’emballage. Il déroula le kraft. Il y avait dix douze épaisseurs, je ne sais plus. Tout était plein de ruban adhésif à n’en plus finir. Une boite de métal fut mise à nu. Il l’a posa bien en évidence sur la table et demanda : « On continue ? » Des perles de sueurs suintaient sur mon front. Je balbutiais un oui à peine audible. Il posa la main sur le couvercle. Son visage se tendit. La charnière était de mon côté et je ne vis pas tout de suite son contenu. Lui se mit à sourire et partit d’un rire incroyable. Entre deux éclats il me demanda : « Vous savez quel jour nous sommes. » Je le regardais l’air ahuri. Je ne me souvenais pas de la date. Il tourna la boite vers moi et dit           « Poisson d’avril. »

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Jeudi 31 janvier 2008

Passage à l’écriture automatique si j’arrive à embrayer les vitesses de mon cerveau, celles-ci étant quelque peu grippées ces derniers jours. Il faut dire que c’est l’hiver et il est bien connu que le froid ralenti les échanges voir les figent. Mes neurones sont donc un peu collés et cet exercice a pour but avoué de les faire se détendre, reprendre leur élasticité, leur plasticité naturelle. Posture première s’installer confortablement. Posture deux ne pas trop juger ce qui s’écrit. Posture trois laisser aller même si cela frôle le sans queue ni tête. Et nous revoilà revenus à la tête qui décidément dirige tout. Mais là non plus je ne suis pas dans la news de premier ordre bien au contraire dans le lieu commun. Le « tu ferais mieux de te la fermer » commence à poindre et là aussi aussi il ne faut pas l’entendre. Laisser les doigts s’agiter à traduire en caractères ce qui vient. J’allais écrire ce qui ne vient pas aussi mais là j’abuse un peu. Ce qui ne vient pas ne peut pas être écrit, vous en conviendrez avec moi. J’en vois qui à me lire commence à s’agacer. Mais où veut-elle en venir avec son charabia. Mais nul part je vous jure. Je ne vais nul part. Je me suis embarquée en catimini, en douce, en clandestine juste pour prendre le départ. Je suis le flot. Je flotte. Je nageotte. Je barbotte. Et je ne regarde même pas si vous me suivez. Je m’ébroue car je viens de prendre la tasse. La tasse de thé s’entend. Mais non, je ne prends pas ce breuvage aux côtés d’Alice. D’ailleurs je ne connais pas le pays des merveilles. Vous n’en auriez pas l’adresse par hasard. Deuxième à droite et je vous tire ma révérence pour ce soir.

Par Résonance - Publié dans : Ecriture
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Mardi 29 janvier 2008

Je ne sais pas, je ne sais plus comment un jour je suis arrivée sur le site des Copains d’avant. Toujours est-il que je me suis inscrite dans le collège et le lycée que j’avais fréquenté. Je ne cherchais pas absolument quelqu’un. J’ai fait cela pour voir, comme une mise au poker. Je n’ai rien vu pendant des mois. Quelques inscrits que je ne souhaitais pas revoir plus que cela et de nouveaux inscrits qui ne correspondaient pas à mes années d’étude. Je recevais une news de temps en temps m’informant de nouveaux arrivés, j’y jettais un œil étonné tout de même du nombre d’inscrits. En même temps si moi je m’étais inscrite pourquoi pas plein d’autres personnes sans plus de motivation que moi.

Et puis la semaine dernière, je retrouve un nom, une copine de bac que j’appréciais. Je profite de la possibilité d’envoyer un mail pour la contacter. Il s’ensuit quelques échanges éléctroniques, sans plus. Le samedi, un message toujours en provenance du même site, un nom qui ne me dit rien. J’ouvre et découvre qu’une autre copine de bac cherche à rentrer en contact avec moi. Cette copine là qui avait été une amie, je l’avais quelque peu cherchée dans les pages blanches. Mais quand on est une femme, il arrive que l’on change de nom. Et la voilà qui tombait du ciel, enfin presque. Elle aussi avait cherché à me retrouver me disait-elle. Et nous en sommes là à échanger par courriel et à découvrir que le temps a passé.

Après plus d’un quart de siècle de vie passée, est-on encore capable de se reconnaître, avons-nous encore quelque chose en commun ? Les souvenirs réactivés remontent peu à peu. Souvenirs, souvenirs. Elle, est mère de trois enfants et tout juste grand-mère. La vue de ce mot m’a fait presque sursauté. Grand-mère, mon dieu. Et moi de revoir ma grand-mère, celle qu j’ai connu. Le temps passe, le temps passe.

Par Résonance - Publié dans : Billet d'humeur
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Dimanche 27 janvier 2008


Tout avait débuté par une  sensation de danger. Derrière mon dos, c’était certain, un danger imminent allait me fondre dessus. Ce ressenti avait duré quelques secondes ou quelques minutes, impossible à savoir, juste le temps nécessaire pour que s’installent l’angoisse et la peur. J’étais clouée au sol, immobile, sur le ventre et la chose dont je ne percevais qu’une sorte d’onde qui m’effrayait, se rapprochait inéluctablement. J’étais en sueur, mon cœur battait la chamade. De tous mes sens, j’essayais de percevoir, d’appréhender ce qui arrivait mais en vain. Ouïe et odorat à l’affût, je me sentais une sentinelle, une sentinelle de pierre incapable du moindre mouvement.

Mon nez fut le premier à m’informer. Une odeur terrible d’huile m’envahit les narines et sa présence était tellement forte que je la visualisais. J’étais comme entourée d’une huile brune un peu jaune, lourde et poisseuse. On aurait dit que cela suintait tout autour de moi. Après l’odeur ce fut le bruit. Je perçus le bruit d’un énorme camion, d’un engin de chantier monté sur chenilles qui avançait dans ma direction de toute la vitesse dont il était capable. Le moteur tournait au maximum de son rendement dans ces tonalités de son qui exacerbe le cerveau. Je commençais à suffoquer tant l’angoisse devenait forte. Le monstre de métal comme au ralenti était maintenant au-dessus de mon corps inerte et avançait très, très lentement. Je pensais s’il dévie un tant soit peu de sa trajectoire actuelle, je suis foutue, écrabouillée, bouillie. De chaque côté, les chenillettes imprimaient leur marque dans le sol. J’inspirais doucement, le plus doucement possible comme pour ne pas signaler ma présence, pour juguler aussi les palpitations effrénées au creux de ma poitrine. L’odeur d’huile me donnait la nausée. Des images de puits de pétrole me venaient en flash. La bouche sèche, j’essayais de trouver un peu de salive pour ne pas étouffer.

Brusquement, sans aucune transition, le monstre de métal se transforma en un énorme coléoptère vert mordoré. Sa cuirasse épaisse et brillante luisait bizarrement. Ses pattes faisaient trembler le sol. Je ne voyais que le ventre de ce mastodonte lorsqu’enfin il dépassa ma tête. Il irisait cette couleur mordorée et avançait triomphalement m’ignorant comme quantité négligeable et insignifiante. A force d’inertie et de dissimulation je semblais m’être confondue avec la terre. Mon sentiment de terreur s’éteignait doucement, cet insecte gigantesque passait son chemin. Je le regardais s’en aller dans un état d’incompréhension totale subjuguée par ses couleurs et l’impression d’étrangeté, d’un autre monde, d’une autre dimension.

Mes muscles redevenant opérationnels, je me remis sur le dos, j’ouvrais les yeux et me rendormis presque aussitôt.


J’espère que cette promenade nocturne vous a plu. Ce que j’aimerai avoir capturé par les mots c’est le côté sensitif qui rend le rêve réel jusqu’à l’arrivée de l’insecte.

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Samedi 26 janvier 2008
J’ai longtemps tergiversé avant de créer mon blog. La raison chez moi ayant une forte dominance, qu’allais-je écrire sur ces pages ? Aurais-je de l’inspiration ? Et la pire des questions : a quoi ça sert ? Lorsque l’aquaboniste pointe son nom nez, il vaut mieux tout de suite lui rabattre son caquet, sinon le projet est foutu d’avance. Il aura toujours raison car dans le fonds, rien ne sert vraiment. Ayant donc laissé parler mon envie, mon blog vit le jour, petite naissance. Et m’ayant octroyé le droit aux mots, douce liberté, ils se sont mis à affluer joyeusement. Et me voilà connectée avec le langage et l’écriture. Mots à mots est le nom de mon blog et je vous l’avoue ce n’est pas un hasard. Les mots m’ont toujours attiré sans arriver vraiment à se bousculer en moi. J’ai toujours admiré les personnes prolixes de paroles qui déversent sans discontinuer. Devant la page blanche de mon écran, me voilà rendue à triturer le langage, à le façonner à mon image. Ecrire aurait un peu à voir avec la sculpture. Le choix des mots, leur assemblage, leur rythme s’apparentent aux galbes, courbes et angles d’une sculpture. Les respirations de la phrase viennent remplacer l’agencement dans l’espace. L’écriture pulsation de vie. 
Et voilà je m’emballe et tout d’un coup, les mots se sont évanouis.
Par Résonance - Publié dans : Ecriture
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Jeudi 24 janvier 2008
Actualité du jour : grève des fonctionaires, fraude à la Société Générale et une nouvelle star du tennis, tout cela mis sur le même plan dans les informations à la radio. Curieux mélange, curieux dosage ou absence de dosage. Sans parler des réactions : une grève de plus qui ne sert à rien selon le Ministre du budget. Il est vrai que manifester pour son pouvoir d’achat, c’est insensé actuellement... Par contre réaction enthousiaste du Ministre des sports, la qualification d’un français en finale d’un tournoi de tennis est un événement de première importance. Tant qu’à la Société Générale charge maximale sur un bouc émissaire chargé de couvrir des opérations plus que douteuses. On ne saura pas la vérité la-dessus, jamais.
La vérité. Qu’est-ce donc que la vérité en cette période tourmentée ? Si l’on parle de la vérité formelle c’est à dire la non contradiction du discours, notre époque à de quoi rendre fou, fou à lier. J’ai d’ailleurs parfois ce sentiment en écoutant tout ce qui se dit. Moi et mon besoin de cohérence, sommes parfois terrassés par tous ces contraires qui s’affrontent chacun pensant détenir la vérité absolue, l’alpha de l’oméga. Dans ce cas, j’opte pour la politique du singe qui n’entend plus, ne voit plus, ne parle plus. Pause. Repos. Reboot.
Par Résonance - Publié dans : Billet d'humeur
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